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Bon, hé bien, voilà, il y a toujours un moment vertigineux et stressant (en fait, à me relire, on dirait que la vie d’éditeur est très souvent vertigineuse et stressante, comme si nous étions des traders ou des aventuriers, mais c’est un mensonge éhonté, elle est en permanence vertigineuse et stressante), où à l’aveugle (en fait, peut-être pas tant que ça se répète-t-on, comme une justification ou un mantra parfaitement inutile), sans aucun véritable indice, nous devons décider combien nous allons imprimer d’exemplaires d’un livre qui ne sortira que de longs mois plus tard. Si seulement nous ne devions faire que prendre cette décision, une décision finalement aujourd’hui c’est quoi ? C’est rien. Ça n’a même pas le poids d’une bonne résolution. Malheureusement non, pour que cette décision existe, nous devons la rendre réelle, et sentir tout le poids des répercussions que pourraient avoir le fait d’avoir pris la «mauvaise» décision (alors là, je suis sûr que tout le monde sait ce que ça fait). Bref, aujourd’hui, après des dizaines de calculs, d’équations, d’heures passées devant un tableur excel, de relecture attentive de devis, de prières, de discussions plus ou moins stériles, nous avons décidé d’imprimer notre formidable édition française de la bande dessinée Moi, ce que j’aime c’est les monstres d’Emil Ferris à

18000 exemplaires.

Bon, c’est quoi 18000 exemplaires en fin de compte : c’est un bon gros risque, c’est peut-être la fin de la maison d’édition, c’est sans doute plein de nuits blanches, c’est probablement des jours et des jours de travail supplémentaire pour être sûr qu’aucun de ces milliers d’exemplaires ne contiennent une grosse bourde, c’est dire et dire encore à quel point ce livre est bien, bien écrit, bien raconté, profond, parfait, c’est aussi comme ça (d’après nous) qu’on réussira à faire connaître cette œuvre incroyable et si on doit y laisser des plumes. Hé bien, advienne que pourri.

Bisous

2 Commentaires sur “18K

  1. francoisxavier83 says:

    Cher Dominique,
    Je sais ce que c’est que de tenter de prévoir 🙂 mais justement, pourquoi ne passeriez-vous pas par l’option de l’impression à la demande, comme le font désormais même les « gros » comme Grasset, ainsi vous osez un petit lot, 5.000 par ex et après, hop, selon la demande, ce qui évite les stocks et les flux financiers trop importants…
    Mmmm ? Voilà une bonne question, n’est-il pas l’ami ?
    Avec mon bon souvenir (d’un entretien débridé pour lelitteraire.com dans une autre vie)
    François Xavier

  2. Talin Spring says:

    je viens de vous decouvrir a travers mon ami Jean Michel, qui vient d’acheter le jardin de sable dans sa sublime couverture. Oui, beaucoup de stress mais quel beau metier, quel bonheur de donner une deuxieme vie a une belle oeuvre pareil, et de faire ce metier comme vous le faites. J’adore votre site, vos suggestions.. un bijou. merci. Talin

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